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Interview de F. Mit et J. Augui Senior Design Manager et Lead Design Produit Orange

Depuis plusieurs années, le design et l’expérience utilisateur ont pris une part très importante dans la démarche d’Orange. Quels en sont les enjeux?

Jérôme Augui: Le design est effectivement très important dans l’expérience utilisateur. Le design produit – la partie dont je m’occupe – est au service du service. Il en est l’un des éléments constituants, sa dimension tangible et matérielle. Pour garantir une cohérence et une maîtrise sur l’intégralité de la chaîne, Orange a décidé de travailler sur quelques objets clés emblématiques, et d’inscrire sa griffe sur ces objets garantissant ainsi une expérience optimale. Le plaisir commence par l’absence de déplaisir… Notre but est donc de s’attaquer à tous les détails qui sont des grains de sable mais qui sont susceptibles de créer des réticences ou des freins à l’usage.

Plus particulièrement, pourquoi inscrire le design dans l’innovation?

Frédéric Mit: Aujourd’hui, on se rend compte que le design doit être présent en amont. Pour nous designers, ce n’est pas nouveau, mais le retour d’Apple avec l’iPod a permis une prise de conscience générale. Et, de la même manière qu’il existe des personnes qui réflechissent en amont sur la dimension technologique ou marketing, il existe une stratégie dans le design: on a des gens qui définissent des axes, qui préparent le terrain pour qu’on sache sur quoi travailler et à quel moment. Pour résumer : «designing the right thing before designing the thing right» (concevoir la bonne chose avant de bien concevoir la chose). On peut imager la plus belle des voitures, tant au niveau esthétique que fonctionnel, mais si on a pas su répondre à un besoin spécifique, cette voiture ne trouvera pas d’acquéreur. Intégrer le design dans l’innovation c’est aussi identifier ce dont les gens ont besoin à un instant T.
J.A.: Oui, c’est ça : identifier les véritables besoins pour ensuite pouvoir y apporter la bonne réponse. D&U apporte sa contribution active au travers d’une réponse en amont conceptuelle mais aussi pragmatique multi-sensorielle via le design sonore, d’interface, d’interaction et de produit.
F.M.: Si on schématise, le marketing est le langage du client, la technologie est le langage de la machine et le design est le langage de l’utilisateur.

Concernant le thème du concours, l’espace numérique de demain, j’imagine que vous travaillez tous les deux dessus. Quelle est votre approche de cette question?

F.M.: Oui. Le sujet est très intéressant et je trouve ça pertinent que la question soit posée maintenant. Aujourd’hui, il y a un challenge énorme, tellement de choses qui ont déjà été faites et imaginées. Les interfaces dans la science-fiction notamment. Il va falloir aller au-delà de Minority Report. Mais peut-être aussi en deçà… Prenons l’exemple de la visiophonie : il y a quelques années, nous étions encore en train de nous projeter. Aujourd’hui, nous commençons à être dans ce que nous fantasmions, et nous parlons plutôt d’une vidéo communication qui entre dans nos vies quotidiennes. Dans le domaine de l’espace numérique, à quel moment rejoindrons-nous la science-fiction? Ou pas. Quelles sont les projections qui ne se réaliseront pas?
J.A.: On voit que la réalité est finalement bien plus surprenante que ce qu’on pouvait voir dans les films de science-fiction des années 60. Il y a des ruptures technologiques qui n’avaient pas été anticipées et qui nous ont ouvert de nouveaux champs d’investigation. Cela montre qu’il ne faut pas construire le futur en restant les pieds sur terre. C’est mon approche et c’est ça le plus difficile: anticiper et parier sur un avenir encore incertain, qui peut déboucher sur quelque chose d’inattendu.

Un exemple qui illustre le dépassement de la SF et l’idée du tout virtuel

Quels seront, selon vous, les principaux obstacles auxquels devront faire face les étudiants et quels sont vos conseils?

J.A.: Ils devront réussir à faire le lien entre la science-fiction, l’analyse du présent, et l’inattendu. C’est l’inattendu qui va créer le vrai futur, et ce sera un bouleversement technologique.
F.M.: Il y a deux enjeux: les idées que les étudiants pourront développer, et l’accompagnement. Il faudra qu’ils se méfient de la première idée, de la solution trop évidente. Quant à nous, nous devrons savoir identifier la bonne idée et réussir à bien la diriger. J’ai vu des projets qui semblaient très mal partis se révéler finalement extraordinaires. J’ai aussi vu des étudiants arriver avec quelque chose de trop parfait pour ensuite se casser la figure. L’année dernière, le Confessionnel m’avait beaucoup intéressé, parce que c’était un projet qui nous interrogeait. Il évoquait quelque chose de très personnel, un espace intime dans la maison, et permettait de se confier. De se confier avec un objet numérique et ensuite d’imprimer cette confession. J’ai trouvé cette rematérialisation très inspirante.

Le danger, c’est de tomber dans la fausse innovation, dans le gadget. Ce qui était excusable à une époque l’est moins aujourd’hui. Les étudiants ont accès à tous les travaux universitaires, ils ont la possibilité de recueillir les données nécessaires pour prendre du recul. Il suffit d’aller sur un site du M.I.T. pour découvrir des projets formidables! Des enceintes transparentes, des systèmes de caméras qui filment, enregistrent le son et restituent l’information à des personnes malvoyantes. Il doivent fournir un important travail en amont, explorer, ne rien dessiner pendant un moment pour pouvoir se projeter dans un futur qu’il leur appartiendra de déterminer (ce sont les étudiants qui choisissent le contexte temporel dans lequel s’inscrit leur projet, ndlr). Ce qui est très intéressant pour eux, mais qui sera probablement très dificile pour le jury lors des délibérations (rires).